Dame Hoedic, toujours…

Chaque fois qu’au loin j’aperçois le caillou, son petit village ramassé de blanc sur le promontoire, je suis envahie par cette émotion extraordinaire de rentrer à la maison.

 

J’éprouve pour cet endroit la même que celle, éternelle, que je voue à un autre paradis lointain, un petit village brésilien où j’ai passé de nombreuses années à écrire, flanqué contre Recife, deuxième grande ville du pays, capitale et Venise du gigantesque état du nordeste, Olinda, qui donna son nom à notre bateau.

 

J’ai écrit récemment dans un recueil de nouvelles en cours de publication un chapitre romancé, j’ai installé sur ce petit paradis adoré des voileux un personnage haut en couleurs inspiré d’une connaissance, un chanteur, black, maigre comme du papier à clopes et crooner d’enfer, et j’ai à travers lui et cette histoire inventée déjà beaucoup dit de cet indéfectible qui me relie à l’îlot aux parfums de safran et fenouil sauvage.

 

A l’image du renard du petit prince, nous nous sommes progressivement apprivoisés avec les gens d’Hoedic, les 80 habitants qui cet hiver ont essuyé tant de tempêtes, bien aidés dans cette entreprise de séduction mutuelle par un de nos très grands amis de l’île aux moines, Marco, ancien marin et pêcheur émérite, qui a choisi de se donner la mort à quelques jours de noël, deux mois après qu’il soit venu ici avec nous sur le bateau, pour l’anniversaire de Nico, lui offrant une vraie vareuse familiale comme il lui avait offert précédemment son premier filet, celui des 21 araignées d’il y a deux semaines à Ster Wenn.

 

Lorsque nous revenons pour la première fois il y a bientôt un mois, C., pêcheur ici, nous accueille l’œil humide à la trinquette, lui aussi nous dit-il, s’est foutu le calibre sur la tempe cette hiver, et puis il a reculé, il adorait Marco, comme nous, comme les gens d’Izenah et D’Hoedic, et nous levons ensemble notre premier canon à sa santé au ciel, avant le lendemain de faire de même à la bouée de l’entrée du golfe où ses cendres ont été dispersées en pleine tempête un jour de janvier, comme il l’avait souhaité.

 

Ma première venue à Hoedic un 24 aout il y a trois ans, je m’étais cassé une côte la veille à l’ile aux moines, un imbécile qui me faisant danser un rock musclé m’a lâché la main, m’envoyant à plein régime m’enfoncer la cage dans un coin de buffet de bois sombre.

J’arrive donc pour mon initiation la douleur lisible sur mes traits, et file voir l’infirmière que je ne connais pas encore comme la femme de C. Elle me donne de bons antalgiques sans me réclamer quelque ordonnance que ce soit, des médocs suffisamment costauds pour me permettre malgré la fracture d’assurer toute la journée un des tournois de pétanque les plus mémorables de mon parcours de bouliste.

 

Les trois générations de femmes qui tiennent la Trinquette savent avant que nous y parvenions dès que l’on accoste que nous sommes arrivés, elles nous accueillent aujourd’hui comme un membre de la famille des amoureux de l’île, elles savent notre attachement, notre respect des lois, connaissent l’âge de nos enfants et les repèrent quand ils disparaissent pour la journée, trop heureux de cette liberté inouïe d’ici, pas de voiture, pas d’étranger suspect, juste les règles de base à respecter, et le son des pétards à torpille comme un son de petit poucet qui nous indique parfois où ils sont entrain de courir.

 

Hoedic est à ce point mon havre que pas une croisière ne se fait sans que nous y passions, elle est le cadeau de bienvenue que  nous offrons à tous nos passagers, chaque fois différente et immuable dans son essence, elle mérite sa rubrique entière dans ce blog, qui s’intitulera donc Aujourd’hui à Hoedic.

 

9 mai.

Les jambons, ils appellent ça.

Christian nous a fourni sur commande passée il y a trois jours de quoi nous faire un déjeuner royal à  bord, deux homards dont l’un fait plus de quatre kilos.

Comme nous avons la chance d’avoir ( c’est récurent, les noms changent, mais c’est récurent…) un chef à bord, aujourd’hui Pierre, qui posséda le Dôme du marais, à Paris

(une étoile au Mich), et possède toujours Le café des musées ( rue de Turenne, paris ), c’est depuis que nous les avons dans le seau la cascade de recettes potentielles, simplicité toujours privilégiée tant la qualité du produit le mérite, Pierre a été ramasser ce fenouil sauvage qui pousse sur tous les flancs du caillou, le beurre croque au sel, la crème au lait cru, pour aujourd’hui l’affaire de la bête à pinces est faite.

 

A la Trinquette je suis arrivée au moment de la livraison des journaux, Véro ( la fille de Jeanne ) qui s’en occupe fait les commentaires au fur et à mesure qu’elle déballe, ça n’est pas de commerce seulement qu’il s’agit, cette voix la vaut tous les cafés du monde.

 

Elle me dit en faisant le compte et me servant mon premier blanc pétillant, j’ai tellement pensé à toi que j’ai oublié de monter chercher ce que tu m’as demandé hier soir, une vareuse marine 10-11 ans pour ma fille, brodée Aux amis d’Hoedic.

Elle n’a en revanche pas oublié ce que Nico lui a demandé hier, une loc pour sa sœur une semaine fin aout, elle avait mis l’adresse mail de Nico dans son soutien gorge, tombée de ses seins quand elle s’est déshabillée hier soir, elle ne risquait pas de l’oublier clame t ‘elle dans un rire gras comme on quitte la terrasse à regret, chaque fois, c’est un pincement, jusqu’à la suivante.

 

J’ai changé la page du calendrier, ceux que l’on ne voit plus, une petite feuille par jour et son dessin humoristique, la date en grosses lettres rouges. 9 mai en capitales.

 

Jeanne, elle, sert les demis et les rosés, hier soir je l’ai photographiée dans sa remise où elle m’a entrainée pour me montrer où elle en est de sa confection magique, un caleçon tricoté avec oreilles d’éléphant, yeux, moustaches, et étui à manche et coucougnettes.

Un privilège, je ne le sais que trop bien.

 

L’ile est pas mal habitée en ce week-end prolongé, l’hiver s’éloigne l’été s’annonce, l’accent si chantant et si particulier d’Hoedic distingue les habitués des hommes de passage, les terrains de boule sèchent, la reprise des tournois hebdo c’est pour bientôt.

 

On doit filer à La Trinité pour prendre le départ de la course du tour de belle-île, la mer n’est pas folichonne on sait qu’on va se faire rincer, le blues de l’un rejoint le gris de l’autre, alors sortir un Désordre de chez La Sorga, puis un deuxième, coller Abbey Licoln a fond dans les enceintes ( Fusion, changées avec les voiles , à l’extérieur en navigation ça a un super son ).

Un signe de la main aux filles, trois générations ouvertes 7 jours sur 7 365 sur 365, la mémoire et le futur de l’île, tant qu’Hoedic rimera si bien avec magique.

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