9 noeuds.

J’ai prévenu dans l’introduction de ce blog, je n’escompte pas mesurer ma prose à celle des marins aguerris, je n’ai ni les compétences voileuses ni la volonté masochiste de me prendre des seaux de vômi ( pour qui elle se prend celle-là ), en revanche je compte bien apporter un peu de féminité radicale dans ce monde qui faute d’être ouvertement machiste est tout de même fort équipé en testostérone, dans ce que j’en lis et en vis tout du moins ( et qui n’engage que moi sur les flots ).

 

Ca manque ( souvent ) un peu de fantaisie en dehors des discussions de ris et d’évaluation préalable des nœuds de vent, j’ai (souvent) souri à l’idée de proposer une mode plus funky ( et sexy, et seyante tout court ) que celle des rayures combis et autres vestes qui ont oublié d’être cintrées, et espère toujours avoir le temps de réaliser une vaisselle de bord affublée d’autres motifs que les sempiternels bouts et nœuds de corde marine sur fond blanc-plan-plan…

 

Ceci pour introduire la scène qui suit et dont je ricane encore, ma rencontre au salon nautique avec celui qui fabriqua nos nouvelles voiles.

 

Bien remontée par un déjeuner léger top arrosé de super qualité aux « Dauphins »

( Avenue parmentier, Paris 11)(de mémoire un bourgogne blanc de chez Cossard et sa cousine en rouge, deux quilles à trois un bon starter pré-enfer métro/palais des sports), nous voilà un vieil ami monté spécialement à ca capitale mon homme et moi visitant tous les derniers grands formats du salon. Ils sont gros  (ils brillent ils sont neuf) mais ne sentent pas le sable chaud, les nouveaux sortis des chantiers ressemblent à des lofts, on sent que la clientèle désire de plus en plus ne pas être dépaysée par la navigation, les bois clairs et les parquets à rayures, les cuisines ultra-moderne cheffitude, tout ça nous en touche une sans faire bouger l’autre, sans parler des arceaux qui, à notre goût, sabordent violemment la ligne des oiseaux des mers…

 

Notre tour est achevé du beau monde des caravanes de superluxe quand mon homme propose que nous allions rencontrer notre fabricant de voilure, il fait chaud, je boirais bien un petit canon ( toute cette navigation ça donne soif ), allons-y malgré mes à priori, j’ai donné mon opinion sur échantillon il y a quelques mois, moi le machin strié je trouve ça beaucoup moins pur que le tissu de base blanc, même si on m’explique que c’est évidemment beaucoup plus solide, plus marin, plus… je trouve ça moche, ça m’évoque le papier millimétré des cours honnis de géométrie.

 

On me présente le gentil Gildas, qui non seulement est souriant et avenant mais qui a en plus la très mauvaise idée de me demander mon avis.

Est-ce la fatigue, la soif, la mauvaise-foi, la bêtise crasse, les quatre à la fois va savoir, me voilà éructant telle une splendide mégère, je trouve ça immonde, ça me déplait fortement, si ça n’avait tenu qu’à moi mais on ne m’a pas demandé mon avis, etc etc… la classe internationale.

 

( J’ai revu plusieurs fois Gildas depuis, il est venu à bord et pour me faire pardonner je lui ai sorti un Macon de chez Valette de toute première catégorie après m’être platement excusée, je ne suis (souvent) idiote qu’une seule fois par rencontre ).

 

Bref, le dossier voilure comment dire… a toujours été… sensible.

En tant que femelle digne de sa catégorie j’aurais privilégié (niveau investissements annuels urgents ) la re-peinture de la coque dont le bleu sombre s’est émoussé ( comment ça, l’apparence de la coque ça n’est pas BEAUCOUP PLUS IMPORTANT que les voiles ), j’aurais investi dans le look, pas dans les armes.

 

Las, les voiles sont là quand nous prenons Olinda en main pour la première fois de la saison en Avril, Gilda est à bord pour les régler, et force est de constater à notre première sortie vers Hoedic qu’elles sont belles, puissantes, aptes à nous amener en sécurité vers l’Irlande, en juin.

Je les photographierai sous toutes les coutures pendant les deux semaines de Pâques, elles se décousent et Gilda qui s’y attendait vient les réparer, les ajustements d’usage après les premières sorties, on tape un huit nœuds qui fait sourire le capitaine lorsqu’on se dirige vers Ster Wenn, la grosse coque d’Olinda gite et surfe, le bateau n’est plus uniquement notre maison à voiles et à vivre, c’est devenu une brave bête à courir les régates, et s’amuser des forces.

 

Hier, nous quittons l’île aux moines par temps maussade, grains, mer agitée, je m’endors de ne pas avoir dépassé les quatre heures de sommeil la nuit précédente dans le carré malmené, ça tape, comme j’entends qu’on sera à Hoedic dans une heure je tente de lire au réveil, cette fois-ci mon estomac qui a le pied bien marin m’indique rapidement que je devrais pas trop faire la maligne et je rejoins les équipiers sous le cockpit qui accuses des rafales de mer, le capitaine, lui, exulte, neuf noeuds, 9.dix, 9.vingt, Olinda galope dans le gros temps, les voiles gonflées comme si elles souriaient aux grand aux vents mauvais, neuf nœuds ça commence à être une belle vitesse de croisière…

 

Pour l’esthétique, comme ils disent, Bon bah, on verra ça l’année prochaine, hein… ( on a quand même changé les chaussettes )

 

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